Dans le cadre de mes missions chez LAN, j’ai participé au dialogue compétitif pour le projet de restauration et d’aménagement du Grand Palais, en menant des recherches bibliographiques et iconographiques approfondies, et en rédigeant plusieurs textes, dont celui ci-dessous.
Missions accomplies pour LAN
- Recherches bibliographiques et iconographiques
- Rédaction de textes
Introduction
Le Grand Palais représente à nos yeux la modernité tant dans sa conception que dans sa symbolique. C’est un bâtiment hybride dans son architecture, son usage et son histoire. Ni musée, ni simple monument, cette architecture légitime à travers sa propre identité une démarche centrée sur l’idée de fabriquer une « machine à culture », un dispositif spatial capable d’abriter des évènements et des publics d’une grande diversité, qui exalterait de manière exponentielle la vocation « universelle » et républicaine de ces lieux. Avec le projet de de restauration et d’aménagement de la totalité du monument se présente l’occasion de renforcer cette aspiration.
Les travaux à venir prévoient la mise en place d’un dispositif de circulation centré sur le bâtiment intermédiaire, la réfection des galeries autour de la Nef, l’installation d’un système de régulation thermique, la création d’une base logistique, la remise aux normes de l’ensemble de l’édifice et l’ouverture de grandes baies vitrées et de circulations pour restituer la cohérence et la transparence originelles du bâtiment. Ils représentent une opportunité unique de retrouver les traces et les dispositifs qui ont permis au Grand Palais de défier le temps, de survivre aux changements de fonction, d’affirmer l’architecture comme un point de départ, et l’espace comme générateur de vie et de société.
Si la raison initiale de la construction du Grand Palais était de fournir un lieu pour présenter et promouvoir la culture française artistique lors de l’Exposition universelle de 1900, il a été prévu dès l’origine que le projet soit pérenne et flexible. Depuis son inauguration, de nombreux aménagements ont progressivement complexifié et déprécié certaines des entités du Grand Palais, mais l’intelligence de sa forme générale et les intentions spatiales initiales lui ont permis de survivre à ces épisodes et d’évoluer avec le temps.
Compléter et valoriser la logique formelle du Grand Palais par des interventions qui tendent, toute en respectant son identité, à restituer à l’ensemble sa modernité : voici notre credo pour le Nouveau Grand Palais.
En d’autres termes, comprendre, à travers une analyse fine basée sur les retours que la longue histoire des lieux peut nous fournir, les limites de cette architecture pour les effacer au travers de gestes ciblés et justes, sans altérer la manière dont ces lieux sont perçus et vécus.
Le square Jean Perrin et le jardin de la Reine
Le défi que le projet relève consiste à remettre en valeur les accès nord et sud, sans modifier la façade. Conséquence logique, le bâtiment intermédiaire, dans lequel ces deux accès débouchent, devient le cœur de l’intervention. La volonté de renforcer l’unité entre le Grand Palais et le Palais d’Antin et de faire du bâtiment intermédiaire le point de connexion entre les deux entités s’ancre dans les intentions originelles des architectes : rendre les espaces et leurs articulations extrêmement lisibles pour l’usager, de façon à signifier de façon implicite le fonctionnement du bâtiment.
Le square Jean Perrin au Nord, qui remplit le rôle d’accès au nouveau Grand Palais, accueillera un parvis largement ouvert, dessiné à partir de la matrice géométrique donnée par l’escalier et la fontaine. Deux rampes guideront du niveau du square au soubassement les visiteurs vers l’entrée. Le travail sur le plan horizontal propose une alternative qui complète l’existant, donnant une emphase particulière à l’escalier à double volée et instaure un dialogue entre les différentes parties. La géométrie pure du cercle retrouvé forme un nouveau symbole et un repère à l’échelle urbaine de l’entrée du Nouveau Grand Palais. La place gagne en caractère, devient plus urbaine et plus majestueuse. C’est désormais une véritable scène accueillant des activités programmées ou spontanées.
À la minéralité de l’accès nord s’oppose le Jardin de la Reine au Sud, un lieu intime, en contrebas par rapport à la rue avec les grands arbres existants qui seront conservés. Ici se trouvera l’accueil des publics spécifiques et l’accès indépendant du restaurant. Ce dernier profite d’une large terrasse et de plusieurs espaces de socialisation, largement ouverts sur la Seine.
Bâtiment intermédiaire: la grande rue des Palais
Ménageant une transition progressive de l’espace de la ville à celui des galeries, le déambulatoire occupe les premiers niveaux du bâtiment intermédiaires. C’est un volume majestueux, traversant, qui se déploie sur plusieurs niveaux et donnera au public la possibilité d’embrasser d’un seul regard la grande Nef et la rotonde du Palais d’Antin. De fait, il met en exergue l’axe originel est-ouest de composition. Placée au soubassement, la « rue des palais » organise les différentes étapes d’accueil en une séquence claire, avant de conduire le public aux diverses activités proposées. Le déambulatoire deviendra la plateforme de connexion pour l’ensemble des manifestations du nouveau Grand Palais. Les matériaux choisis effectuent un trait d’union entre l’extérieur et l‘intérieur, entre l’existant et le neuf : la dichotomie de composition entre soubassement et piano nobile, perceptible à l’extérieur par le changement de teinte de pierre, se poursuivra à l’intérieur.
Les espaces d’exposition
Compte-tenu du lien d’interdépendance entre la compréhension d’une œuvre et sa présentation formelle et conceptuelle, le réaménagement des Galeries Nationales est l’occasion unique de développer une gamme exhaustive de « situations » diverses en volumes, lumières, matières et rapport à l’extérieur. Il ne s’agit pas seulement de rendre les volumes flexibles mais de leur donner la capacité de devenir des évènements eux-mêmes, dans les Galeries, et dans tout lieu apte par sa structure. L’intégration de concepts muséographiques neufs dans l’institution va permettre au musée d’accueillir les œuvres visibles jusqu’alors seulement dans des espaces alternatifs, dans des durées brèves, et qui étaient de fait rarement remarqués et mis en valeur.
Le Grand Palais des arts et des sciences
La présence du Palais de la Découverte sera l’occasion de sensibiliser le public à d’autres formes de culture, comme les expositions, l’art contemporain ou des spectacles vivants de qualité. Inversement, le public de la Nef et des galeries pourrait s’ouvrir à de nouvelles expériences en visitant le Palais de la Découverte.
De par sa position centrale, la nouvelle galerie temporaire du Palais de la Découverte matérialise la liaison entre ces deux réalités.
La plateforme logistique et la mise aux normes
Faire de ce projet un outil performant pour accueillir des manifestations très diverses et des publics différenciés demande en premier lieu une structure claire, flexible et évolutive des espaces servants. En plus de prendre en charge les besoins actuels, la réponse doit en anticiper l’évolution ; il s’agit de dessiner une vision qui, à long terme, soit prête à accueillir de nouveaux paramètres, des évolutions techniques, des changements de paradigme. Les travaux techniques comprendront l’installation des espaces de logistique et des espaces de stationnement et de déchargement dans un niveau en sous-sol. La mise aux normes de l’intégralité de l’ouvrage permettra entre autres d’en augmenter la capacité d’accueil. La nef pourra ainsi accueillir plus de 11.000 personnes, contre 5.200 auparavant, portant ainsi la capacité d’accueil du public à plus de 21.900 personnes, contre 16.500 actuellement.
Du Grand-Palais à la ville – le circuit touristique et l’observatoire
Le parcours des visiteurs au sein du Grand Palais constitue l’occasion de mettre en valeur cette architecture en la « donnant à voir » et en favorisant son intelligibilité. Attirant l’attention du visiteur, des vues cadrent des « morceaux » d’architecture ou de paysage, les mettant en scène et leur donnant de l’emphase. Elles dévoilent progressivement les temps du parcours, annoncent l’enchaînement des espaces, permettant au visiteur de se repérer au sein du bâtiment et par rapport à la ville. Le parcours touristique interne se prolonge par une promenade extérieure sur les toits du Grand Palais. Couronnant la traversée des espaces, un observatoire est offert au public, lui permettant de découvrir de plus près la matérialité et les qualités architecturales de la toiture et lui ouvrant des larges vues sur Paris, totalement inédites.
Le monument à l’aube du développement durable
Cinq grandes valeurs de conception fondent le volet « développement durable » de l’intervention : Efficacité – Sobriété – Valorisation du patrimoine – Intervention minimale et passive – Au service des usagers.
Au travers d’une analyse des situations variées existantes, le projet pallie les contraintes et les transforme en atouts, mais aussi identifie et conserve les qualités comme autant de ressources héritées. L’usager (et les usages à venir) sont placés au cœur du processus de conception, par une compréhension des multiples activités pratiquées mais aussi par la prise en compte des exigences de confort et d’ambiances : climatiques, acoustiques, lumineuses, hygrothermique… Ce croisement de situations, de ressources héritées, de pratiques et d’activités, d’exigences de confort et de fabrique d’ambiances constitue le support prolifique de cette intervention. Révéler le déjà-là, c’est puiser dans les qualités héritées pour fabriquer des réponses micro-contextuelles. Il s’agit au fond d’être hypercontextuel.