Limites de l’aménagement

Berlin année zéro. En fichu et tablier, les Trümmerfrauen débarrassent à coup de pelle les décombres. Il en faut de la détermination et de l’humilité pour déblayer une ville rivalisant une décennie plus tôt avec Chicago, New York et Londres.

Au cours des années suivantes, et notamment à l’Est, les dents creuses subsistent et résistent à la pression foncière. Encore aujourd’hui, le Gipsstrasse 12a est un parking aérien, quand bien même un Apple Store s’est installé à 300 mètres de là. Au numéro 10 de la Mulackstrasse un Spielplatz public, aux numéros 17 et 18 des jardins privés, et au numéro 40 un bosquet. Ces parcelles vides semblent insensées au regard des besoins en logements, des vertus d’un centre-ville densément bâti, pour éviter de grignoter toujours plus de campagne. Elles témoignent aussi d’une tendance à l’égoïste NIMBY. Le front continu de façades d’Altbau est pointillé d’emprises végétales, comme une couture de pantalon intègre une poche.

Totalement impensable à Paris. Mais possible à Bordeaux, au moins transitoirement. Une main s’est emparée de cet accroc, de cet entre-deux, entre-deux maisons, entre-deux temps, posant sur les héberges et les façades subsistantes des aplats de safran et de bleu de prusse. L’intervention manifeste malgré elle la nécessité de cette gratuité spatiale, ce moment suspendu alors que tout avance, ce répit : refuge et re-spectus.

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