
Au premier plan, une friche, un tas de sable et des matériaux de construction. Quelques palissades annonçant le futur projet avec force superlatifs et images colorées, des familles heureuses et des commerces florissants : « Demain, ici, redécouvrez Bordeaux, une ville à vivre ! »
À l’arrière-plan, une façade sur l’envers, corsetée d’étançons. Elle sera bientôt raccrochée à une ossature béton conforme aux standards fonctionnels actuels, pour optimiser la trame structurelle, satisfaire aux normes incendie, proposer le partitionnement le plus économiquement performant pour les baux commerciaux.
L’intervention architecturale s’apparente à de la taxidermie, ou comment conserver l’apparence de la vie à un immeuble réduit à une pelure. Chimère de pierre et de béton, faux semblant plus vrai que nature, à l’instar du Metropolitan Backlot des studios de Babelsberg : un morceau de Berlin sale de poussière et de charbon, éclairé au bec à gaz, lacis de cours et de rues.
Vrai‑faux morceau de Berlin reproduisant les élégants Altbau, les Mietskaserne insalubres, l’Alexanderplatz des années 20 chère à Döblin, mais marketé comme « convertible en toute autre ville, que ce soit New York, Londres, Berlin ou Paris » dit la brochure promotionnelle. Le hic et nunc de Walter Benjamin a fait long feu.
Plus lisse, plus propre, plus chic, plus florissante, plus toc. Bordeaux en plus vrai que Bordeaux.