Limites de l’aménagement

Une forêt d’immeubles jaillit de terre comme des semis au printemps, pressés de voir le jour, mus par une énergie intrinsèque inarrêtable, après une gestation longue et invisible. Les grues tournent dans le ciel, les étages s’empilent les uns sur les autres dans un film en mode « avance rapide ». Le béton finit à peine de sécher dans les banches que les menuiseries extérieures sont déjà installées, le carrelage posé, les cuisines montées. Pas le temps, pas le temps. Les fameuses pénalités de retard pour chaque jour en trop dans le planning. Le temps si élastique en phase études, les multiples réunions de mise au point du programme, d’exploration de variantes, d’ajustement des plans de vente, s’est envolé. La conduite de projet adopte trop souvent une allure saccadée, tantôt ralentie par des atermoiements sans fin, tantôt accélérée de façon insensée, au mépris des délais incompressibles des prestations intellectuelles et de l’exécution des ouvrages.

Demain, propre comme un sou neuf, le nouvel ensemble sera livré, photographié, inauguré, publié sur les réseaux sociaux et les sites internet institutionnels seront actualisés. Les clefs seront tendues aux occupants, les entreprises lèveront les dernières réserves, les DGD seront établis et les chefs de projets démarreront l’APS d’un programme mixte d’une autre ZAC.

Mais à quel moment une opération d’aménagement devient-elle un quartier ? Lorsque le gérant de la supérette du « socle actif » bavarde avec ses clients ? Lorsque les baliveaux de la sente paysagée se transforment un houppier diffus ? Lorsque les occupants connaissent le nom de leurs voisins et que leurs enfants se donnent rendez-vous à l’aire de jeux ? Quel est le temps de la ville ?

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