Limites de l’aménagement

Au commencement de Bordeaux était la Garonne, dont le flux oscille, au gré des marées, vers l’Océan ou vers les terres. Sinuant entre ses rives qui la contiennent, elle les rend tantôt concaves, tantôt convexes, créant des méandres monumentaux à l’échelle de son lit. Le Moyen-Âge ne s’est pas trompé en reconnaissant en elle à la fois une mer et un croissant de lune.

Le port a paradoxalement attiré les habitants sur les berges puis les en a chassés, avant que le coup de grâce ne soit porté par la deux fois deux voies, fausse promesse de modernité mais vraie frontière entre le fleuve et la ville. Aujourd’hui, si les quais réaménagés sont indissociables de l’image et l’art de vivre de Bordeaux, ils surplombent la Garonne plus que ne voisinent avec elle. En amont et en aval, les berges ne sont pas accessibles, tantôt réservées à la circulation des voitures, tantôt friches végétales. Est-ce le marnage important signe de danger, la turbidité élevée qui nous rebute, la largeur du fleuve qui le transforme en obstacle géographique à franchir ? La Garonne semble aujourd’hui un angle mort de l’aménagement de la métropole, alors qu’elle la parcourt du nord au sud à la façon d’une épine dorsale. Non plus un trait de caractère, une ressource ou une destination, mais un joint creux.

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